Claire Vasseur a rencontré Andrei Dumitrescu lors d’un de ses passages à Paris. Coach interculturel spécialisé dans les relations franco-roumaines depuis 2014, il exerce entre Bucarest et Paris, accompagnant des couples binationaux dans leurs ajustements culturels. Roumain de naissance et citoyen français depuis 2019, il parle couramment le roumain, le français et l’anglais. Il a accepté de partager son regard sans concession sur les malentendus interculturels les plus fréquents.
Claire Vasseur : Andrei, en 12 ans de travail avec des couples franco-roumains, qu’est-ce qui vous frappe le plus ?
Andrei Dumitrescu : Ce qui me frappe le plus, c’est à quel point les Français sous-estiment la latinité de la Roumanie. Quand on dit « Europe de l’Est », les gens imaginent quelque chose de slave, de russe, de distant. Mais la Roumanie est culturellement beaucoup plus proche de l’Italie, de l’Espagne ou de la France que de la Russie. Langue romane, héritage romain direct, catholicisme majoritaire, rapport méditerranéen à la famille et à la convivialité. Cette méconnaissance crée des malentendus dès le départ.
Notre comparatif des différences entre femmes baltes et femmes slaves illustre d’ailleurs bien comment les généralisations sur « les femmes d’Europe de l’Est » ratent souvent leur cible.
C.V. : Qu’est-ce qui distingue fondamentalement une femme roumaine d’une femme slave au sens strict ?
A.D. : La différence fondamentale est dans la langue et dans tout ce que la langue porte comme culture. Le roumain est une langue romane — elle descend du latin populaire, comme le français, l’espagnol ou l’italien. Quand une Roumaine pense en roumain, elle pense dans une structure proche de celle du Français. Les Slaves pensent dans une structure grammaticale complètement différente.
Concrètement, cela se traduit dans la communication. Les femmes roumaines sont généralement plus directes, plus enclines à l’humour ironique, moins dans la retenue émotionnelle que les femmes slaves. Elles expriment leurs sentiments plus clairement et apprécient qu’on en fasse autant. Cette directness peut surprendre un homme qui s’attendait à la réserve ukrainienne ou russe.
C.V. : Pouvez-vous décrire le caractère typique d’une femme roumaine ?
A.D. : Je vais vous donner les trois traits les plus constants dans mon expérience. Premier trait : l’ambition. Les Roumaines sont très orientées vers la réussite personnelle. Le niveau d’éducation est élevé — la Roumanie produit d’excellents ingénieurs, médecins, avocates. Une femme roumaine qui s’installe en France aura souvent déjà un projet professionnel clair. Elle n’attend pas que vous lui ouvriez des portes.
Deuxième trait : l’indépendance. Culturellement, les femmes roumaines sont habituées à prendre des décisions seules. L’héritage communiste a valorisé le travail féminin pendant des décennies, et cette autonomie est profondément ancrée. Ne la confondez pas avec un manque d’intérêt pour la relation.
Troisième trait : l’attachement profond à la famille. Malgré l’indépendance et l’ambition, la famille reste le pilier central. Une Roumaine peut être très moderne dans ses aspirations professionnelles et très traditionnelle dans ses valeurs familiales — les deux coexistent naturellement.
C.V. : Le rapport à la famille en Roumanie : quelle est la réalité pour un homme étranger ?
A.D. : C’est un point crucial. En Roumanie, la famille élargie est beaucoup plus présente qu’en France. Les parents, les grands-parents, les oncles et tantes participent activement à la vie quotidienne des adultes. Les week-ends en famille sont la norme, pas l’exception. Les décisions importantes — déménagement, mariage — se prennent souvent en consultation avec les parents, même à 30 ou 35 ans.
Pour un Français habitué à une plus grande autonomie par rapport à la famille d’origine, cela peut être déstabilisant. Mon conseil : ne percevez pas cela comme un manque d’autonomie de votre partenaire. C’est une force, pas une faiblesse. La femme roumaine qui vous présente sa famille rapidement ne cherche pas à vous piéger — elle vous signale que vous êtes sérieux à ses yeux.
C.V. : Les erreurs classiques des Français dans la rencontre roumaine.
A.D. : La première erreur, de loin la plus fréquente, est de projeter des clichés est-européens sur une culture latine. Les Français qui ont rencontré des Ukrainiennes ou des Russes arrivent parfois avec des schémas comportementaux inadaptés — trop de galanterie démonstrative, trop de déférence, pas assez de naturel. Les Roumaines préfèrent l’authenticité à la performance.
Deuxième erreur : confondre cordialité et intérêt romantique. Les Roumaines sont naturellement chaleureuses et sociables. Un sourire franc et une conversation animée ne signifient pas forcément un intérêt romantique. Les Français interprètent souvent cette ouverture comme un signal que leurs homologues plus réservés du Nord ne donneraient pas.
Troisième erreur : ne pas prendre la langue au sérieux. Le français est bien perçu, mais quelques mots de roumain — « mulțumesc » (merci), « bună ziua » (bonjour) — sont perçus comme un effort sincère et font une différence réelle.
C.V. : Sites de rencontre Romania : lesquels utiliser concrètement ?
A.D. : Pour les Français, je recommande trois approches complémentaires. Premièrement, Tinder avec le filtre géographique sur Bucarest ou Cluj-Napoca — ce sont les deux villes avec la plus forte concentration de femmes jeunes, éduquées et anglophones. Deuxièmement, Badoo, qui a une forte pénétration en Roumanie et dans la diaspora roumaine de France. Troisièmement, la diaspora directement en France.
La Roumanie est le deuxième pays d’émigration vers la France après l’Algérie — plus de 600 000 Roumains vivent en France aujourd’hui. Cette diaspora est présente à Paris, Lyon, Marseille, et dans de nombreuses villes moyennes. Pour quelqu’un qui ne souhaite pas voyager dans un premier temps, c’est une option souvent sous-estimée.
Les plateformes locales roumaines comme Sentimente.ro ou Matrimoniale.ro sont quasi inutilisables sans maîtriser le roumain. Notre guide des meilleurs sites de rencontre en Europe de l’Est compare en détail les plateformes disponibles pour toute la région.

C.V. : La barrière de la langue : l’anglais est-il vraiment suffisant ?
A.D. : En milieu urbain et pour les moins de 40 ans, l’anglais est largement suffisant. La Roumanie a l’un des niveaux d’anglais les plus élevés d’Europe de l’Est, particulièrement dans les grandes villes. Les jeunes professionnels de Bucarest ou Cluj passent une grande partie de leur journée de travail en anglais.
Ce qui est unique à la Roumanie parmi les pays d’Europe de l’Est, c’est la présence du français. C’est une curiosité historique — la France a eu une influence culturelle forte sur l’élite roumaine au XIXe et au début du XXe siècle. Bucarest était surnommée « le petit Paris ». Aujourd’hui, les générations qui ont étudié avant 1990 parlent souvent un français impeccable.
C.V. : Roumanie : Orient ou Occident ?
A.D. : C’est la question existentielle roumaine ! Et la réponse honnête est : les deux, simultanément. La Roumanie est à la frontière de ces deux mondes depuis des siècles — orthodoxe comme les Slaves mais latine dans sa langue, membre de l’OTAN et de l’UE mais avec une histoire post-communiste récente, tournée vers l’Occident dans ses aspirations mais avec des racines orientales dans sa culture populaire.
Cette dualité se retrouve dans les femmes roumaines : modernes dans leurs aspirations professionnelles, traditionnelles dans leurs valeurs familiales, ouvertes à l’international mais profondément attachées à leur identité nationale. C’est cette complexité qui les rend fascinantes — et parfois difficiles à cerner pour un Occidental qui cherche une catégorie claire.
C.V. : Mariage franco-roumain : spécificités légales à connaître.
A.D. : La Roumanie est membre de l’Union européenne depuis 2007, ce qui simplifie considérablement les démarches par rapport aux mariages avec des femmes de pays hors UE. Pas de visa long séjour à obtenir, pas d’apostille pour les documents roumains au sein de l’UE depuis 2023 (grâce au règlement européen sur la simplification administrative).
La principale spécificité est la nécessité de faire transcrire le mariage si il est célébré en Roumanie. L’acte roumain doit être présenté à l’état civil français, accompagné d’une traduction assermentée. C’est une formalité, pas un obstacle. Pour les détails légaux d’un mariage avec une ressortissante d’un pays de l’Est — UE ou hors UE — notre entretien avec l’avocate Isabelle Renaud sur le mariage international donne un panorama complet des démarches.
C.V. : 5 clichés vs réalité sur les femmes roumaines.

A.D. : Allons-y rapidement.
« Les Roumaines cherchent uniquement à partir à l’étranger. » → Faux. Beaucoup de Roumaines sont très attachées à leur pays. Bucarest est une ville qui connaît un boom économique réel — de nombreuses jeunes professionnelles y reviennent après avoir travaillé à l’étranger.
« Les Roumaines sont matérialistes. » → Partiellement vrai. Comme dans tout pays où les inégalités économiques sont réelles, une partie des femmes cherche la sécurité financière. Mais c’est très loin d’être une généralité.
« La Roumanie, c’est dangereux. » → Faux. La Roumanie est un pays sûr, membre de l’UE et Schengen depuis 2024. Bucarest est une capitale européenne moderne avec une vie nocturne animée et une scène culturelle dynamique.
« Les Roumaines sont très religieuses. » → Variable. L’Église orthodoxe est puissante socialement, mais la pratique individuelle varie énormément selon les générations et les milieux.
« Les femmes roumaines sont identiques aux femmes slaves. » → Faux, comme nous l’avons vu. La latinité roumaine crée une culture distincte qui surprend régulièrement ceux qui arrivent avec des attentes slaves.
C.V. : Vos conseils finaux pour un Français qui cherche une relation sérieuse avec une femme roumaine.
A.D. : Trois conseils pratiques. Premièrement, visitez Bucarest ou Cluj avant toute autre démarche. Ces villes ont une énergie unique qui vous donnera immédiatement le contexte culturel — beaucoup plus efficace que des heures de lecture. Le patrimoine culturel de l’Europe de l’Est est une ressource utile pour préparer ce voyage.
Deuxièmement, apprenez quelques mots de roumain. La langue roumaine est accessible pour un francophone — bien plus que le russe ou l’ukrainien. En deux semaines d’effort minimal, vous pouvez apprendre à tenir une conversation de base, ce qui aura un impact considérable.
Troisièmement, soyez vous-même, authentiquement. Les femmes roumaines ont un radar très développé pour détecter la performance sociale. Ne jouez pas un rôle. Votre sincérité naturelle, combinée à une ouverture culturelle genuïne, est votre meilleur atout.
Notre page dédiée à la rencontre en Roumanie complète ce guide avec des informations pratiques sur les villes, les applications et les traditions locales. Pour les Français qui envisagent une rencontre internationale plus largement et veulent comparer les plateformes, MeetCupid — rencontres internationales répertorie les sites sérieux par destination, y compris la Roumanie.